Historique


La Société de Développement du village du Pont joua un rôle prépondérant dans le développement touristique du village et même de la région tout entière. Son premier registre de procès-verbaux couvre pratiquement tout le XXe siècle et nous révèle un parcours passionnant où apparaissent toutes les étapes du long parcours touristique vécu par le village.

 

La Société de Développement naît officiellement en 1904, mais réellement en 1903, quand est organisé au Pont un concert avec l’Orchestre de Moudon et que la recette, de 47.- servira à la création d’une société d’intérêt public. Cette société ne connaîtra aucune interruption dans le cours de son histoire, simplement de forts ralentissements lors des deux guerres mondiales, lors de la crise des années trente, aussi par le fait de présidents parfois fort peu motivés, ainsi qu’il arrive dans toute bonne société. Un habitant du village assistant à l’une de ces assemblées, alors que le président en place donne sa démission, est proposé par les membres, il n’ose refuser de crainte de décevoir, et comme la place, dans la réalité des faits, ne l’intéresse pas, il met la société en veilleuse jusqu’à ce que des membres plus passionnés le rappellent à l’ordre et le poussent à la démission. C’est ainsi.

 

La société vit un concurrent, à moins que ce ne fusse un collègue, dans la présence du Sporting-club du Pont. Cette société ne consacrait toutefois son énergie qu’uniquement à promouvoir les sports, d’hiver surtout, avec le patinage, le ski, la luge et le bob, bobsleigh comme on disait à l’époque. Ses visées étaient hautes, ses moyens limités. Elle s’activa de 1911 à 1914. Grave crise jusqu’en 1922 où l’on recommence les concours, mais pour arrêter quelque 8 ans plus tard et fusionner avec la société de développement qui deviendra alors la Société de développement et sports, le Pont, dont l’assemblée constitutive se tint le 9 décembre 1930. C’était l’époque même où naissait le Comité pour le développement de la Vallée de Joux, nouvelle société en fait créée grâce à l’initiative de la Société de développement du Pont. On découvrira de quelle manière cela fut dans les pages qui suivent. La nouvelle société deviendrait ainsi complémentaire de toutes les sociétés de développement de la Vallée, avant tout celle du Pont et celle du Brassus.

 

Le Comité pour le développement de la Vallée de Joux, dont par ailleurs les archives ont disparu en grande partie, ce qui ne nous permet pas vraiment de retracer son parcours initial, allait reprendre à sa charge la promotion du tourisme à la Vallée de Joux grâce à des publications de qualité que l’on peut découvrir dans nos brochures consacrées au tourisme de la région.

La société de développement du Pont eut ses obsessions, bienheureuses dirons-nous, avec l’entretien des jardins du bord du lac, et la tenue au propre des rives du lac. C’était l’époque du tout à l’égout. Ce qui y parvenait n’était pas des plus propre et odorant. La Société de développement avait des pouvoirs limités en ce domaine, les égouts étant du ressort de la commune. Elle ne pouvait que constater les dégâts et tenter une timide tentative de discussion avec les autorités supérieures guère promptes à écouter une société infiniment plus modeste qui par ailleurs ne brassait que des sommes minuscules voire insignifiantes. On la regardait de haut, assurément, persuadé que les seules bonnes initiatives ne pouvaient provenir que de la commune, à la limite des villages, mais nullement de ces rêveurs qui prétendaient déjà à l’époque assainir le lac.

 

D’autres obsessions, les cabines de bain qui n’existent plus à l’heure actuelle et dont nous n’avons pas de représentations imagées. L’étude systématique des photos du Pont reste à faire à cet égard. Le plongeoir des Épinettes, construit dans les années 1930, allait retenir longtemps l’attention de la société. Le fer rouille, le bois pourrit, bref, il y a du pain sur la planche.

 

La société, une fois la fusion accomplie avec le Sporting-club, tenta, mais en vain de créer une piste de saut sur les pentes de l’Aouille. Mais avec quelque dix mille francs, le morceau était trop gros pour elle. Feu la piste de saut. Par ailleurs, l’on ne vit même jamais se créer un club de ski dans le village, tout au moins pas à notre connaissance.

 

Épisode heureux de la société, l’arrivée de cygnes à la Vallée en automne 1963. On s’occupe d’eux plus qu’on ne le ferait avec une bombardée de réfugiés ! Combien sont-ils, passeront-ils l’hiver à la Vallée, faut-il en ramener d’autres couples afin que nous ayons une vraie colonie de ce volatile gracieux, fier et de si mauvais caractère ? Bref, le sujet passionne et laissera des traces importantes dans les procès-verbaux grâce au sens poétique du secrétaire de l’époque, M. Pierre Meylan.

 

La création d’un camping retient aussi l’attention de ces Messieurs du développement. La question ne sera jamais vraiment résolue, finalement peut-être à la grande satisfaction de ceux qui ne voient dans cette installation, si elle s’avérait définitive, que désagréments pour les indigènes.

 

Au début des années soixante naît le projet que d’aucuns trouveront farfelu, mais surtout non rentable, d’un télécabine à la Dent de Vaulion, vite ramené à un simple télésiège. Se souciait-on du climat ? Départ projeté à la gare du Pont, puis, probablement par souci d’économie, à Sagne-Wagnard. Les membres s’enflamment et voient déjà dans ce moyen un développement sans précédent de leur village sur le plan touristique. Tout plein de promeneurs amateurs d’un tel moyen de locomotion et désireux, plutôt que de monter le chemin de la Dent à pied, de se faire hisser là-haut sans effort aucun. On vise peut-être une utilisation plus accrue encore en hiver tandis que l’on pourrait redescendre à ski.

On rêve, on fabule… On envoie même déjà une demande de concession auprès de l’Office fédéral des transports. L’affaire traîne. D’une part le canton, par l’intermédiaire du département concerné, n’est pas favorable en vertu d’une non-rentabilité certaine, on voit peut-être mieux les choses de loin que de près, d’autre part nul ne tient à hasarder ses propres deniers dans une affaire qui exalte, mais qui a tout de même un goût de souffre. D’autre part encore c’est l’époque même où l’on procède à une expertise du domaine skiable de la Vallée, et nul doute que les pentes de la Dent direction le Pont, n’offrent pas un enneigement suffisant ni des pentes susceptibles d’attirer les foules. À vue de nez, quelques pentes raides certes, on le sait de les avoir gravies des dizaines de fois, mais surtout beaucoup de faux plats et de goulets d’étranglement. L’affaire tombe peu à peu dans l’oubli, les citoyens se calment et finalement ne s’en portent pas plus mal.

 

On se retourne du côté de ses plates-bandes, de son plongeoir et autre élément immuable d’une activité somme toute intéressante, mais limitée.

 

Tout cela jusque dans les années huitante où l’on se met à aménager les rives du lac de Joux. Et cela, apparemment, sans trop se soucier des directives cantonales. On travaille en toute bonne indépendance, d’autant plus que l’on contribue mieux que personne à résoudre des problèmes latents depuis des décennies, l’amarrage des bateaux, et à faciliter l’embarquement des passagers du Caprice qui navigue depuis 1976.

 

Entre temps, heureusement, les eaux du lacs ont été assainies, les égouts ne se déversent plus dans la baie, plus d’odeur, plus de détritus sanguinolents provenant de la boucherie proche, et du sang réparti en nappe sur les eaux du bord, très nettement amélioration pour le bien de tous. La station d’épuration, là-bas, aux abords de la gare, a permis ce qui est presque un miracle. Assainir les eaux, tandis que peu à peu, et sans que cela ne gêne guère les autorités il semble, on les polluait chaque année plus. Un changement dans les mentalités s’était opéré, qui laissait les problèmes écologiques non plus seulement à la charge de quelques progressistes éclairés, mais de tout un chacun, et par cela même des autorités locales qui financèrent ainsi des projets ayant pu absorber plusieurs millions de francs.

 

Découvrir le livre des procès-verbaux de la Sté de développement du Pont, c’est véritablement parcourir un siècle d’histoire de notre tourisme local, c’est évoluer au gré des mentalités de nos gens, c’est découvrir ce à quoi ils rêvaient, ce qu’ils négligeaient, c’est comprendre surtout, mais on ne peut leur en vouloir, l’air du temps voulait cela, qu’ils ne pouvaient imaginer que nous étions dans un monde en quelque sorte fini où l’on ne peut grignoter sans cesse l’espace à des fins touristiques ou économiques. Il est des barrières très précises en somme que l’on ne peut dépasser sous peine d’y perdre plus que d’y gagner.

 

Ils ne pensaient pas de la sorte, ils croyaient en l’avenir. Ils avaient construit des hôtels, certes un peu trop grands, ils avaient souhaité voir débarquer des « étrangers » plein des wagons. Ils avaient oublié tout de même que nous habitions le Jura avec, tonnerre, un climat capable du meilleur et du pire, dans tous les cas instable et sur lequel nous ne pouvons jamais compter. Il faut s’en souvenir avant d’agir !

 

Les activités de la Société de Développement, comme aussi du Sporting-Club, transparaissent au travers d’un certain nombre de cartes postales, mais surtout des photos publiées dans les différentes productions touristiques.

 

Le guide officiel de 1905 n’est pas encore concerné à ce sujet, n’offrant que le matériel de la maison Photo des arts où le sport est encore peu présent.

 

Le guide de 1911 est édité par la Société de Développement elle-même.

Sports déjà plus présents avec entre autres illustrations :

- Sports d’hiver (Skijöring) – une dame traînée par un cheval au bord du lac de Joux, arrière-plan, Grand-Hôtel

- Sports d’hiver – un traîneau attelé de deux chevaux tire derrière lui une myriade de lugeurs qui s’en vont remonter la route des Places jusqu’au niveau de Pétra-Félix

- Le Pont en hiver – patineurs sur le lac

- Autre petite photo du patinage.

 

Le guide de 1929 offre un peu près les mêmes sujets :

- Le Pont, course en traîneaux. Il est probable que cette activité ait donné lieu à beaucoup d’autres clichés, dont celui des attelages devant le bureau de poste du Pont.

 

Rémy Rochat, historien - histoirevalleedejoux.ch